Reprise des hostilités au Mali : cinq minutes pour comprendre les menaces d’embrasement

Après avoir poussé dehors les forces françaises et onusiennes, l’armée malienne se retrouve, avec ses partenaires russes, face à un adversaire de plus sur un territoire dont une grande partie échappe à son contrôle : les anciens rebelles indépendantistes du nord du Mali. C’est un conflit dont le Mali se serait bien passé. Confrontée à une recrudescence des attaques des groupes djihadistes dans le nord du pays, dont elle peine à endiguer la progression, l’armée malienne doit faire face à un adversaire supplémentaire. Des groupes armés, composés d’ex-rebelles touaregs, ont attaqué en début de semaine les forces armées maliennes (Fama) dans la ville-clé de Bourem. Il n’y avait pas eu d’affrontements militaires de cette ampleur depuis 2015 et la signature de l’accord de paix dit d’Alger entre l’État central malien et la coalition des mouvements armés indépendantismes, dont l’entrée rébellion en 2012 avait marqué le début de la guerre au Mali. La junte militaire, qui a pris le pouvoir après un coup d’État en 2020, craint une reprise des hostilités qui pourrait lui coûter cher. Pourquoi ont-ils attaqué l’armée malienne ? Les différents groupes armés à dominante touareg présents au nord du Mali sont réunis sous la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA). « L’Azawad, c’est l’appellation touareg du territoire qu’ils occupent, au nord du Mali mais aussi sur quatre autres pays africains limitrophes. Ils considèrent ce territoire comme une sorte de proto-État dont ils ont toujours revendiqué l’appartenance », explique Michel Galy, spécialiste de l’Afrique subsaharienne, sollicité par Le Parisien. Avec l’accord de paix que ces mouvements indépendantistes ont signé en 2015, « on admettait qu’ils restent à Kidal, sorte de cité-état touareg au nord du Mali, qu’ils conservent leur armement, en échange de quoi ils devaient reconnaître de manière formelle le gouvernement central de Bamako », poursuit le chercheur, auteur de La guerre au Mali (édition de la Découverte). Mais les tensions n’ont cessé de croître depuis l’arrivée au pouvoir de la junte putschiste puisque son « credo est de récupérer tout le territoire et de désarmer les Touaregs ». Les dissensions sont montées d’un cran cet été. Après avoir demandé le retrait des forces antidjihadistes étrangères, dont françaises, la junte a exigé fin juin devant le Conseil de sécurité de l’ONU le retrait de la Minusma, une mission onusienne de 12 500 hommes déployés dans tout le pays. « L’armée malienne est censée récupérer la base de la Minusma à Kidal, ce que contestent les Touaregs puisqu’ils considèrent qu’elle leur revient. C’est ça qui a déclenché les récents affrontements », explique Michel Galy. Les séparatistes n’ont pas explicitement déclaré la guerre au pouvoir central, mais la veille de l’attaque de Bourem, la CMA avait publié un communiqué dans lequel elle se disait en « temps de guerre » avec la junte. Une déclaration de guerre officielle rendrait « de facto l’accord de paix caduque et la situation pourrait devenir très compliquée pour le gouvernement en transition », prévient André Bourgeot, anthropologue et directeur de recherche au CNRS. Quel est le risque pour le gouvernement en transition ? « Le pire scénario pour le gouvernement serait que les rebelles touaregs s’allient aux groupes terroristes islamistes », observe Michel Galy. Au nord du pays, les forces armées maliennes, soutenues par les membres de la milice russe Wagner, font face à une succession d’attaques du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, d’un côté et les groupes affiliés à l’organisation État islamique, de l’autre, qui ne cessent de gagner du terrain. « Tous ces groupes sont d’ordinaire opposés, mais une alliance temporaire a déjà eu lieu en 2012. Si ça arrivait, même avec des renforts russes, l’armée malienne serait prise en tenaille et aurait du mal à faire face », estime le spécialiste de l’Afrique subsaharienne. C’est une hypothèse qu’il « ne faut pas minimiser », admet lui aussi André Bourgeot. Dans un cas de figure moins catastrophique, il pourrait seulement y avoir « des affrontements segmentaires », c’est-à-dire entre les différents acteurs. « Dans cette situation, l’armée malienne a des chances de remporter la victoire » face aux rebelles touaregs, pense André Bourgeot. Preuve que la junte militaire n’est pas sereine face à cette escalade, le Conseil des ministres vient d’adopter un projet de décret évoquant la mobilisation des réservistes, qui seraient appelés « en cas de crise, de catastrophe naturelle ou de guerre ».