Actualité non titrée
Explosion du port de Beyrouth: manifestation meurtrière contre le juge chargé de l’enquête Une manifestation a eu lieu ce jeudi 14 octobre à Beyrouth contre le juge Tarek Bitar, avec des affrontements qui ont fait au moins six morts et une trentaine de blessés. Le magistrat chargé de l’enquête sur l'explosion du port de la capitale libanaise fait face à une violente offensive des partis chiites Amal et Hezbollah. Plusieurs députés et anciens ministres proches des partis chiites Amal et Hezbollah doivent être entendus dans le cadre de l’enquête. Mais ils tentent, pour l’instant, de s'y soustraire. Leurs soutiens étaient réunis dans les rues de la capitale ce jeudi. Devant le palais de justice de Beyrouth, des centaines de jeunes hommes en noir ont crié leur haine envers le juge Bitar, le magistrat chargé de l’enquête sur l'explosion au port de Beyrouth, qui a fait plus de 250 morts et 5 000 blessés le 4 août 2020. Presque aucun ne brandissait de drapeaux des mouvements chiites Amal et Hezbollah auxquelles ils appartiennent, remplacés par des drapeaux libanais,rapporte notre correspondant à Beyrouth, Noé Pignède. « Cette procédure judiciaire est illégale » Hussein Abou Zeid est avocat et sympathisant du parti Amal. Il dénonce l’acharnement du juge Tarek Bitar contre les hommes politiques chiites, dans le cadre de cette enquête. « Nous considérons cette procédure judiciaire comme illégale, dénonce-t-il. Il y a une violation manifeste des textes de loi et de la procédure. Le juge Bitar tire des conclusions en dehors de tout cadre légal, et qui sont vraisemblablement politiques. Nous avons là un juge qui préfère donner son opinion personnelle plutôt que de s’en tenir aux faits, c’est invraisemblable ! Il y a des lois très claires, et il ne peut pas faire comme si elles n’existaient pas. » Rapidement, la tension monte, avec des échanges de tirs entre les milices qui dispersent les manifestants dans les rues environnantes. Tirs de snipers, le chef de l’ancienne milice chrétienne pointé du doigt Des tirs nourris de snipers postés à quelques centaines de mètres du Palais de justice de Beyrouth ont provoqué un carnage dans les rangs des manifestants. Le ministre de l’Intérieur, qui a donné ces précisions, a ajouté que les tireurs ont visé la tête et la partie supérieure du corps, rapporte notre correspondant à Beyrouth, Paul Khalifeh. Les rafales et les explosions de roquettes RPG ont résonné dans toute la ville, provoquant un vent de panique. Les rues se sont vidées, sauf de parents affolés partis récupérer leurs enfants à l’école. L’armée libanaise a dépêché d’importants renforts, dont des troupes d’élites qui ont échangé des tirs avec des hommes armés postés dans des immeubles en construction ou sur des toits. Les nombreux médias présents sur les lieux ont retransmis en direct des images de violents combats, qui ont rappelé aux Libanais les souvenirs de la guerre civile. Des images d’autant plus évocatrices que les affrontements se sont déroulés sur l’ancienne ligne de démarcation qui coupait Beyrouth en deux secteurs : l’un musulman, et l’autre chrétien. Le Hezbollah et le mouvement Amal, organisateurs de la manifestation, ont explicitement accusé le parti chrétien des Forces libanaises d’être à l’origine des tirs. « Ce sont les hommes de Samir Geagea qui nous tirent dessus. On ne voulait pas de violence, assure ce membre du parti Amal, qui n’a pas voulu donner son nom. On veut la justice pour l’explosion et le juge Bitar n’est pas un homme de justice. Tout le monde sait qui a laissé entrer le nitrate au Liban : le chef de l’armée Joseph Aoun, le Premier ministre Najib Mikati… Tous ceux-là ! Mais les États-Unis veulent seulement condamner notre chef Nabih Berri et ses amis, et laisser les autres en liberté. » Le chef de cette ancienne milice, Samir Geagea, a pour sa part rejeté la faute sur ce qu’il a appelé les « armes illégales », en allusion au Hezbollah. De son côté, la France a appelé à « l'apaisement » et réitéré la nécessité pour la justice libanaise de « pouvoir travailler de manière indépendante et impartiale ». « La France marque sa vive préoccupation au regard des récentes entraves au bon déroulement de l'enquête relative à l'explosion survenue dans le port de Beyrouth le 4 août 2020, et des violences survenues dans ce contexte. Elle appelle chacun à l'apaisement », a ainsi déclaré la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.
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